À quelques kilomètres de Gand, sur les rives de la Lys, Laethem-Saint-Martin — Sint-Martens-Latem — occupe une place singulière dans l’histoire de l’art belge. À partir de la fin du XIXe siècle, artistes, écrivains et intellectuels s’y retrouvent et font progressivement de ce village flamand l’un des foyers de la modernité artistique en Belgique.
Il n’existe pourtant pas une « École de Laethem » au sens d’un mouvement organisé autour d’un manifeste ou d’un style unique. On parle plutôt de plusieurs générations d’artistes qui se succèdent et dont les recherches vont du symbolisme à l’expressionnisme flamand.
À travers George Minne, Valerius De Saedeleer, Albert Servaes, Constant Permeke, Gustave De Smet et Frits Van den Berghe, découvrons six figures majeures de cette histoire et les univers très différents qui se cachent derrière l’expression « École de Laethem-Saint-Martin ».
Laethem-Saint-Martin : comment un village flamand devient-il un foyer artistique ?
À la fin du XIXe siècle, plusieurs artistes quittent Gand ou cherchent à s’éloigner de la vie urbaine pour rejoindre la campagne de Laethem-Saint-Martin. Ils y trouvent la proximité de la Lys, des paysages ruraux et un environnement propice à une autre manière de vivre et de créer.
La première génération ne se limite d’ailleurs pas aux six artistes présentés ici. Autour de George Minne et Valerius De Saedeleer gravitent notamment Gustave Van de Woestyne, figure essentielle du groupe, son frère, le poète Karel van de Woestijne, ainsi qu’Albijn Van den Abeele.
Deux grandes sensibilités vont progressivement apparaître. La première génération est notamment marquée par le symbolisme, la spiritualité et l’héritage des Primitifs flamands. Une seconde génération s’oriente ensuite vers des formes plus expressives et participe à l’émergence de l’expressionnisme flamand.
George Minne : la sculpture symboliste
George Minne (1866-1941) est l’une des grandes figures de la première génération de Laethem.
Ses personnages élancés et introspectifs semblent souvent se replier sur eux-mêmes. Le corps n’y est pas seulement représenté pour son anatomie : il devient le véhicule d’une émotion intérieure, parfois douloureuse, parfois spirituelle.
Son œuvre rappelle surtout que l’histoire de Laethem ne commence pas avec l’expressionnisme. Avant les formes puissantes de Permeke ou de De Smet, le village est déjà associé à une génération profondément marquée par le symbolisme.
Minne décline par ailleurs certaines de ses compositions dans différents matériaux. On rencontre ainsi son travail sous la forme de sculptures en bronze, en marbre, en bois, en plâtre ou en pierre.
Cette diversité est particulièrement importante lorsqu’il s’agit d’examiner une sculpture qui lui est attribuée : le matériau, les dimensions, la fonte, l’édition, les marques éventuelles et la provenance doivent être étudiés ensemble.
Valerius De Saedeleer : le paysage flamand comme langage
Avec Valerius De Saedeleer (1867-1941), le paysage occupe une place centrale. C’est le paysage symboliste.
Villages, arbres, fermes, collines et campagnes enneigées composent un univers immédiatement reconnaissable. Ses paysages sont soigneusement construits et s’éloignent progressivement d’une simple reproduction de la nature pour atteindre une dimension plus silencieuse et contemplative.
De Saedeleer appartient à cette première génération de Laethem qui regarde autant vers le paysage flamand que vers l’héritage artistique du passé. Son parcours ne se limite toutefois pas au village : la Première Guerre mondiale l’amène notamment au Pays de Galles avant son retour en Belgique.
Ses paysages permettent ainsi de suivre l’évolution d’un artiste qui développe progressivement un langage personnel à partir de la tradition flamande.
Albert Servaes : aux portes de l’expressionnisme
Albert Servaes (1883-1966) occupe une position particulière dans cette histoire.
Plus jeune que Minne et De Saedeleer, il fréquente le premier groupe de Laethem, mais développe une peinture beaucoup plus expressive, sombre et tourmentée. Ses scènes paysannes et surtout ses compositions religieuses s’éloignent progressivement de la retenue symboliste de ses prédécesseurs.
Servaes constitue ainsi un trait d’union entre la première génération de Laethem et l’émergence de l’expressionnisme flamand.
Son parcours montre également pourquoi il est difficile d’enfermer les artistes de Laethem dans des catégories trop strictes : les influences circulent et les générations se chevauchent.
La Première Guerre mondiale : un tournant pour les artistes de Laethem
L’expressionnisme flamand ne naît pas uniquement sur les bords de la Lys.
Avant la guerre, plusieurs artistes de la seconde génération restent proches de l’impressionnisme et du luminisme, dont Émile Claus, installé à Astene, est l’une des grandes figures en Belgique.
La Première Guerre mondiale provoque ensuite une rupture déterminante.
Gustave De Smet et Frits Van den Berghe trouvent refuge aux Pays-Bas. Ils y sont confrontés plus directement aux avant-gardes européennes et découvrent de nouvelles manières de construire la forme et d’utiliser la couleur. L’expressionnisme allemand et le cubisme, notamment, contribuent à faire évoluer leur peinture.
Le peintre français Henri Le Fauconnier, alors présent aux Pays-Bas, joue également un rôle dans cette ouverture vers de nouvelles recherches picturales.
Constant Permeke connaît un parcours différent. Blessé au début de la guerre, il rejoint l’Angleterre, où il poursuit son travail loin de la Belgique.
Ces années d’exil constituent donc un épisode essentiel. Lorsque ces artistes retrouvent la Belgique après la guerre, leur peinture n’est plus celle de leurs premières années à Laethem.
Constant Permeke : la puissance de l’expressionnisme flamand
Constant Permeke (1886-1952) devient l’une des figures majeures de l’expressionnisme flamand.
Paysans, pêcheurs, maternités et paysages prennent chez lui des formes monumentales. Les silhouettes sont massives, les volumes puissants et la palette souvent sombre et terreuse.
La nature et la vie rurale ne sont pas idéalisées. Permeke s’intéresse à leur force, à la présence physique des personnages et à la rudesse de leur existence.
Son œuvre reste associée à la seconde génération de Laethem, mais son univers se construit également ailleurs, notamment au contact de la mer du Nord et du monde des pêcheurs, qui deviennent des sujets essentiels de sa peinture.
Gustave De Smet : du luminisme à l’expressionnisme
Le parcours de Gustave De Smet (1877-1943) illustre particulièrement bien les transformations de cette génération.
Avant la Première Guerre mondiale, sa peinture reste proche de l’impressionnisme et du luminisme. Son séjour aux Pays-Bas transforme progressivement sa manière de peindre. C’est l’expressionnisme flamand.
Les formes deviennent plus synthétiques, les couleurs prennent davantage d’autonomie et personnages, couples, intérieurs, villages et scènes de la vie quotidienne composent désormais un univers beaucoup plus construit.
Cette évolution est particulièrement intéressante lorsqu’on cherche à identifier une œuvre : connaître le nom de l’artiste ne suffit pas, encore faut-il pouvoir situer l’œuvre dans son parcours.
Une peinture ancienne de De Smet peut ainsi présenter un langage très différent de celui de ses œuvres expressionnistes plus caractéristiques.
Frits Van den Berghe : de l’expressionnisme à l’imaginaire
Frits Van den Berghe (1883-1939) connaît peut-être l’évolution la plus surprenante des artistes présentés ici.
Ses premières œuvres sont encore liées à l’impressionnisme et au luminisme. Son séjour aux Pays-Bas pendant la guerre l’amène ensuite vers des recherches plus proches du cubisme et de l’expressionnisme. C’est de l’expressionnisme / surréalisme.
Mais Van den Berghe ne s’arrête pas à cette évolution. Au fil des années, son univers devient plus étrange et plus imaginaire. Des figures fantastiques et des compositions parfois inquiétantes apparaissent, tandis que son intérêt pour la psychologie et les nouvelles idées de son époque nourrit sa peinture.
Son parcours illustre parfaitement la diversité de Laethem : appartenir à un même foyer artistique n’implique pas de produire les mêmes œuvres ni de suivre la même trajectoire.
Que regarder lorsqu’une œuvre est attribuée à l’un de ces artistes ?
Une signature « Permeke », « De Smet » ou « Van den Berghe » ne permet jamais, à elle seule, d’identifier ou d’estimer correctement une œuvre.
Il faut notamment examiner la technique, le support, le style, la période, les dimensions, l’état de conservation, la provenance et la cohérence de la signature avec l’ensemble de l’œuvre.
La question se pose également différemment selon que l’on se trouve devant une peinture, un dessin, une estampe ou une sculpture. Pour George Minne, par exemple, l’existence de différentes versions d’une même composition et l’emploi de plusieurs matériaux rendent l’examen de l’objet particulièrement important.
La provenance mérite elle aussi une attention particulière. Une œuvre conservée depuis plusieurs générations dans une famille peut avoir perdu une partie de son histoire documentaire. Anciennes étiquettes, inscriptions au revers, cachets, factures, photographies ou informations sur les propriétaires précédents ne doivent donc pas être écartés.
Ces indices peuvent parfois être aussi intéressants pour l’expertise que la signature elle-même.

Pourquoi l’École de Laethem reste-t-elle importante dans l’art belge ?
L’intérêt de Laethem-Saint-Martin tient précisément à la diversité des artistes qui s’y sont rencontrés.
Avec George Minne et Valerius De Saedeleer, on retrouve les préoccupations symbolistes de la fin du XIXe siècle. Albert Servaes ouvre la voie à une peinture plus expressive. Constant Permeke, Gustave De Smet et Frits Van den Berghe participent ensuite à l’affirmation de l’expressionnisme flamand et à l’entrée de l’art belge dans une nouvelle période de modernité.
À leurs côtés, Gustave Van de Woestyne et de nombreux autres artistes et intellectuels rappellent que Laethem-Saint-Martin fut avant tout un lieu de rencontres et d’expérimentation artistique, plutôt qu’une école imposant un langage commun.
C’est cette succession de générations qui explique aujourd’hui encore la place particulière de Laethem dans l’histoire de l’art belge.
Questions fréquentes sur l’École de Laethem-Saint-Martin
Quels artistes appartiennent à l’École de Laethem-Saint-Martin ?
L’École de Laethem-Saint-Martin rassemble plusieurs générations d’artistes belges ayant vécu ou travaillé à Sint-Martens-Latem, près de Gand. Parmi ses figures importantes figurent George Minne, Valerius De Saedeleer, Albert Servaes, Constant Permeke, Gustave De Smet et Frits Van den Berghe. Ils ne partagent toutefois pas un style unique : le symbolisme de la première génération précède notamment l’émergence de l’expressionnisme flamand.
Qu’est-ce que l’expressionnisme flamand ?
L’expressionnisme flamand est un courant majeur de l’art belge du début du XXe siècle. Plutôt que de reproduire fidèlement la réalité, ses artistes privilégient des formes simplifiées, des volumes puissants et une représentation plus subjective du monde. Constant Permeke, Gustave De Smet et Frits Van den Berghe comptent parmi ses principaux représentants.
Quelle est la différence entre la première et la deuxième génération de Laethem ?
La première génération de Laethem, à laquelle sont notamment associés George Minne et Valerius De Saedeleer, est fortement marquée par le symbolisme, la spiritualité et l’héritage des Primitifs flamands. La deuxième génération, avec Constant Permeke, Gustave De Smet et Frits Van den Berghe, évolue progressivement vers un langage plus expressif qui participera au développement de l’expressionnisme flamand. Albert Servaes occupe une position intermédiaire et est considéré comme un précurseur de ce mouvement.
Pourquoi parle-t-on d’École de Laethem-Saint-Martin ?
L’expression « École de Laethem-Saint-Martin » désigne plusieurs groupes d’artistes qui se sont installés ou ont travaillé à Sint-Martens-Latem, sur les rives de la Lys, à partir de la fin du XIXe siècle. Il ne s’agit pas d’une école artistique organisée autour d’un programme commun, mais d’un foyer artistique au sein duquel plusieurs générations et sensibilités se sont succédé.
Comment reconnaître une œuvre de l’École de Laethem-Saint-Martin ?
Il n’existe pas de style unique permettant de reconnaître une œuvre de l’École de Laethem. L’identification doit tenir compte de l’artiste, de la période, du sujet, de la technique, du support, de la signature et de la provenance. Un paysage de Valerius De Saedeleer, une sculpture de George Minne et une peinture de Constant Permeke présentent par exemple des caractéristiques très différentes.
Une œuvre de Permeke, De Smet ou Van den Berghe peut-elle avoir de la valeur ?
Oui, mais la valeur ne dépend pas uniquement du nom de l’artiste. Pour une œuvre de Constant Permeke, Gustave De Smet ou Frits Van den Berghe, la période de création, le sujet, la technique, les dimensions, l’état de conservation, la provenance et l’authenticité jouent notamment un rôle dans l’estimation. Une signature doit toujours être examinée en relation avec l’ensemble de ces éléments.
Comment faire estimer une œuvre de l’École de Laethem-Saint-Martin ?
Pour une première estimation, photographiez l’œuvre dans son ensemble, la signature, le revers, le cadre, les éventuelles étiquettes, cachets ou inscriptions. Indiquez également les dimensions, la technique supposée et toute information connue sur sa provenance. Baert Antiquités peut examiner les œuvres d’art belge et rechercher les éléments utiles à leur identification et à leur estimation.
Vous possédez une œuvre d’un artiste belge ?
Une peinture, un dessin ou une sculpture conservée dans une famille depuis plusieurs générations mérite parfois d’être examinée, qu’elle soit signée ou non.
Baert Antiquités peut examiner votre œuvre, sa signature, sa technique, son état et les éléments relatifs à sa provenance afin de vous orienter dans son identification et son estimation.




