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Jadéite ou néphrite : comment reconnaître un jade chinois ancien ?

Jadéite ou néphrite : reconnaître un jade chinois ancien

Une sculpture vert pâle héritée de grands-parents, un petit animal blanc posé sur un socle en bois, un pendentif, un sceau ou un objet rapporté de Chine au début du XXe siècle : dans les successions et les collections familiales, de nombreuses pièces asiatiques sont simplement décrites comme étant « en jade ».

Pourtant, cette appellation ne suffit pas à identifier leur matière, encore moins leur époque ou leur valeur.

Le terme jade désigne principalement deux matériaux différents : la néphrite et la jadéite. À cela s’ajoutent de nombreuses pierres et matières qui ont été vendues ou transmises sous le nom de jade sans en être réellement.

Avant de demander « combien vaut ce jade chinois ? », il faut donc commencer par une question plus fondamentale :

Qu’est-ce que cet objet, de quoi est-il fait et quand a-t-il été fabriqué ?

En bref

Le jade chinois historique est principalement de la néphrite, utilisée en Chine depuis plusieurs millénaires.

La jadéite, provenant notamment de Birmanie, aujourd’hui Myanmar, prend une importance croissante en Chine à partir du XVIIIe siècle.

La couleur verte ne permet pas de distinguer les deux et de nombreuses autres pierres peuvent imiter leur apparence.

Enfin, aucun « test maison » ne permet à lui seul d’authentifier et de dater correctement un objet ancien.

Néphrite ou jadéite : quelles différences ?

NéphriteJadéite
NatureJade véritableJade véritable
DuretéEnviron 6 à 6,5 sur l’échelle de MohsEnviron 6,5 à 7 sur l’échelle de Mohs
CouleursBlanc, crème, céladon, vert, brun, gris…Blanc, vert, lavande, jaune, orangé…
Histoire en ChineUtilisée depuis le NéolithiqueSe diffuse surtout à partir du XVIIIe siècle
Provenance historique importanteHotan/Khotan, XinjiangBirmanie/Myanmar notamment
Objets rencontrésSculptures, objets rituels, pendentifs, sceaux, objets de lettré…Bijoux, pendentifs, sculptures et objets décoratifs, surtout à partir des Qing
Point d’attentionUne néphrite discrète peut être historiquement importanteUn vert intense ne signifie pas automatiquement grande valeur

Cette différence historique est fondamentale pour comprendre un objet chinois ancien.

La néphrite : le jade historique de la Chine

Pendant l’essentiel de l’histoire chinoise, le jade travaillé est avant tout de la néphrite.

Elle a servi à produire des objets rituels, des ornements, des pendentifs, des sceaux, des objets destinés aux lettrés, des coupes et d’innombrables sculptures.

Parmi les matières particulièrement appréciées figure la néphrite blanche provenant de la région de Hotan, également appelée Khotan, dans l’actuel Xinjiang.

Certaines néphrites blanches particulièrement fines présentent une texture douce et onctueuse traditionnellement comparée à de la « graisse de mouton ».

Cela permet déjà de corriger une idée reçue importante :

Un jade chinois de qualité n’est pas nécessairement vert.

Certains jades chinois historiques particulièrement recherchés sont au contraire blancs ou blanc céladon.

La jadéite : une arrivée beaucoup plus tardive

La jadéite possède une autre histoire.

Originaire notamment de Birmanie, l’actuel Myanmar, elle commence à prendre une place importante dans les arts chinois au XVIIIe siècle, sous la dynastie Qing.

Elle peut présenter des verts beaucoup plus intenses et une forte translucidité, mais existe également en blanc, lavande, jaune ou dans d’autres nuances.

Il faut donc éviter deux raccourcis :

Néphrite ne signifie pas jade de moindre qualité.
Jadéite ne signifie pas automatiquement jade précieux.

Une néphrite chinoise ancienne de belle qualité peut présenter un intérêt historique et artistique considérable.

À l’inverse, un objet moderne en véritable jadéite n’est pas nécessairement ancien, rare ou précieux.

Jadéite ou néphrite : reconnaître un jade chinois ancien

Comment savoir si un jade est vrai ?

C’est ici que l’identification devient plus délicate.

Dans les successions, les brocantes et les collections familiales, le mot « jade » a souvent été employé très librement.

Un objet vert présenté comme du jade peut notamment être constitué de :

  • serpentine, parfois commercialisée sous des appellations telles que « new jade » ou « nouveau jade » ;
  • stéatite ;
  • quartz aventurine ;
  • quartzite teintée ;
  • marbre teinté ;
  • verre, notamment certaines productions pouvant rappeler les pierres dures.

Certaines appellations commerciales peuvent également prêter à confusion. Le nom « jade de Malaisie », par exemple, a été employé pour désigner des matériaux colorés qui ne sont ni de la jadéite ni de la néphrite.

Il faut donc distinguer plusieurs situations.

Un objet peut être chinois et ancien sans être en jade.

Il peut être réellement en néphrite mais relativement récent.

Il peut être en véritable jade tout en reproduisant un modèle beaucoup plus ancien.

Il peut enfin s’agir d’une imitation moderne.

Ces situations sont très différentes lorsqu’il s’agit d’identifier puis d’estimer un objet.

Pourquoi les tests maison ne suffisent-ils pas ?

On trouve sur Internet toutes sortes de méthodes censées permettre de reconnaître le jade : essayer de le rayer, le chauffer, vérifier s’il reste froid dans la main ou encore écouter le son qu’il produit lorsqu’on le frappe.

Mieux vaut éviter ces expériences.

Certaines peuvent endommager l’objet et aucune ne permet, à elle seule, d’établir sérieusement sa matière, son ancienneté et son origine.

Une identification gemmologique peut être nécessaire lorsque la nature exacte de la pierre constitue un élément déterminant de l’estimation.

Sans intervenir sur l’objet, il est en revanche utile d’observer sa couleur, sa translucidité, sa texture, ses inclusions, ses fissures, son polissage, ses perforations ainsi que les éventuelles inscriptions.

Jadéite ou néphrite : reconnaître un jade chinois ancien

Et les jades de type A, B et C ?

Cette classification concerne surtout la jadéite, notamment sur le marché de la joaillerie.

Pour un propriétaire d’une sculpture chinoise ancienne, elle est utile à connaître, mais ne doit pas devenir le centre de l’analyse.

En résumé :

  • type A : jadéite n’ayant pas subi de traitement modifiant substantiellement sa structure ou sa couleur ;
  • type B : matériau ayant notamment subi un traitement acide puis une imprégnation polymère ;
  • type C : matériau dont la couleur a été artificiellement modifiée.

Certains traitements peuvent être difficiles à détecter à l’œil nu. Une analyse gemmologique peut alors être nécessaire.

Pour un objet ancien, une autre question reste cependant essentielle :

Quand cet objet a-t-il réellement été fabriqué ?

Votre sculpture en jade est-elle réellement ancienne ?

La Chine possède plusieurs millénaires de tradition du jade.

Cette longue histoire crée une difficulté particulière : les artisans chinois ont eux-mêmes repris et réinterprété des formes beaucoup plus anciennes.

Un disque bi, un dragon archaïsant ou un objet d’apparence rituelle n’est donc pas automatiquement vieux de plusieurs milliers d’années parce que sa forme évoque la Chine ancienne.

Des objets archaïsants ont été produits au cours de différentes périodes de l’histoire chinoise. Cette fascination pour les modèles anciens est notamment très présente sous les Qing.

À cela s’ajoutent aujourd’hui les nombreuses reproductions modernes.

Un objet peut être authentiquement chinois, véritablement en jade et correctement sculpté… sans être aussi ancien que son style le laisse penser.

Pour examiner une sculpture, il faut donc regarder la matière, mais également :

  • la qualité de la taille ;
  • le polissage ;
  • les perforations ;
  • les traces de travail ;
  • l’iconographie ;
  • les inscriptions ;
  • l’usure ;
  • les restaurations ;
  • le dessous de l’objet ;
  • l’éventuel socle.

Le socle peut-il aider à dater un jade chinois ?

Un socle ancien en bois peut faire partie intégrante de l’histoire d’une sculpture.

Il ne permet toutefois pas, à lui seul, de dater l’objet. Une sculpture peut avoir reçu son socle plusieurs décennies après sa fabrication.

En revanche, un socle, une ancienne étiquette, un numéro de collection ou une inscription peuvent fournir des indices sur la provenance de la pièce.

Il est donc préférable de ne jamais les retirer avant l’examen de l’objet.

« Jade impérial » : une appellation à manier avec prudence

Une sculpture ornée d’un dragon, une belle néphrite blanche ou une marque de règne ne suffisent pas à démontrer une provenance impériale.

Dans le domaine des antiquités chinoises, qualifier un objet d’impérial constitue une attribution historique forte.

Elle doit reposer sur un ensemble cohérent d’éléments : époque, matière, qualité du travail, iconographie, inscriptions et, idéalement, provenance.

De véritables objets impériaux en jade existent évidemment et peuvent présenter une importance considérable.

C’est précisément pour cette raison que cette qualification ne doit pas être déduite d’un simple décor, d’une couleur ou d’une marque.

Pourquoi trouve-t-on des objets chinois dans des familles belges ?

La présence d’objets chinois dans certaines collections familiales belges possède parfois une histoire très concrète.

À la charnière des XIXe et XXe siècles, des Belges ont séjourné en Chine dans le cadre de missions diplomatiques, commerciales, industrielles, religieuses ou techniques.

La Belgique fut notamment impliquée dans la construction de la ligne ferroviaire Pékin-Hankou, tandis qu’une présence belge s’établit également à Tianjin.

Ingénieurs, industriels, diplomates, militaires, missionnaires et voyageurs ont ainsi pu acquérir ou rapporter différents objets.

Plus d’un siècle plus tard, certaines de ces pièces peuvent encore se retrouver dans des successions belges.

Une phrase comme :

« Mon arrière-grand-père était ingénieur en Chine vers 1900 et cet objet lui appartenait. »

ne constitue évidemment pas une preuve de datation.

Mais c’est une piste de provenance particulièrement intéressante à documenter.

Photographies anciennes, correspondance, carnets de voyage, passeports, inventaires, factures, étiquettes et dates de séjour peuvent parfois permettre de retracer une partie de l’histoire de l’objet.

Pourquoi certains jades chinois peuvent-ils avoir beaucoup de valeur ?

Le marché ne recherche pas simplement « du jade ».

Les collectionneurs distinguent fortement la matière, l’époque, la qualité de sculpture, l’état, le sujet et la provenance.

Une petite sculpture ancienne réalisée dans une néphrite de qualité et bénéficiant d’une provenance documentée peut ainsi susciter beaucoup plus d’intérêt qu’un objet moderne, même si celui-ci présente une couleur verte beaucoup plus spectaculaire.

La demande internationale pour les beaux objets chinois explique également pourquoi certaines pièces conservées depuis longtemps dans des collections européennes peuvent aujourd’hui attirer l’attention de collectionneurs bien au-delà de leur pays d’origine.

Mais cela ne signifie évidemment pas que tout jade chinois ancien possède une valeur importante.

L’identification doit toujours précéder l’estimation.

Combien vaut un jade chinois ancien ?

Il n’existe pas de prix générique applicable au jade chinois.

Pour une sculpture ou un objet hérité, plusieurs éléments doivent être pris en compte.

La matière

S’agit-il réellement de néphrite ou de jadéite ? Ou d’une autre pierre ?

L’époque

S’agit-il d’une production chinoise ancienne, d’un objet Qing, d’une production des XIXe ou XXe siècles ou d’une réalisation contemporaine ?

La qualité de la pierre

Couleur, texture, translucidité, homogénéité, inclusions et fractures peuvent intervenir dans l’appréciation.

La qualité de la sculpture

La maîtrise des volumes, la finesse du travail, le polissage et l’utilisation des particularités naturelles de la pierre sont importants.

L’état de conservation

Éclats, fissures, restaurations, transformations et éléments rapportés doivent être identifiés.

La provenance

Une ancienne collection, une facture, un catalogue de vente, une étiquette, une photographie ou une histoire familiale documentée peuvent aider à retracer l’histoire de la pièce.

L’attribution

Une marque de règne ou une attribution impériale peut avoir une importance considérable, mais uniquement lorsqu’elle peut être étayée.

Deux sculptures de même taille et de couleur comparable peuvent donc présenter des valeurs très différentes.

Vous avez hérité d’un objet présenté comme étant en jade ?

Évitez tout d’abord de le nettoyer agressivement et ne retirez ni son socle ni ses anciennes étiquettes.

Pour demander un premier avis, préparez idéalement :

  • une photographie générale en lumière naturelle, sans flash ni filtre ;
  • une photographie en rétro-éclairage, lorsque la forme de l’objet le permet, afin de montrer sa translucidité ;
  • une photographie du dessous et du revers ;
  • une photographie du socle, s’il existe ;
  • des gros plans des inscriptions, marques, perforations, éclats ou restaurations ;
  • les dimensions de l’objet ;
  • son poids ;
  • toute ancienne étiquette, facture, photographie ou information de provenance.

Pour une sculpture héritée, indiquez également ce que vous connaissez de son histoire.

Depuis quand se trouve-t-elle dans la famille ? À qui appartenait-elle ? Cette personne a-t-elle vécu ou voyagé en Chine ou en Asie ?

Ces informations peuvent être précieuses pour orienter l’identification.

Jadéite ou néphrite : reconnaître un jade chinois ancien

Questions fréquentes sur le jade chinois ancien

Combien vaut une sculpture en jade chinois ?

La valeur d’une sculpture en jade chinois dépend notamment de sa matière, de son époque, de la qualité de la pierre et de la sculpture, de son état de conservation et de sa provenance. Deux objets de dimensions et de couleur similaires peuvent ainsi présenter des valeurs très différentes. Une identification aussi précise que possible doit donc précéder l’estimation.

Comment savoir si mon jade chinois est ancien ?

La couleur ou l’apparence ancienne ne suffisent pas. Il faut notamment examiner la matière, la qualité de la sculpture, le polissage, les perforations, l’iconographie, les inscriptions, l’usure, les restaurations et la provenance. De nombreuses productions plus récentes reprennent volontairement des modèles chinois anciens.

Comment savoir si un jade est vrai ?

Le jade véritable désigne principalement deux matériaux : la néphrite et la jadéite. La serpentine, la stéatite, l’aventurine, certaines quartzites, le marbre teinté ou encore le verre peuvent cependant être confondus avec le jade. Les tests domestiques ne permettent pas toujours une identification fiable et certains peuvent endommager l’objet.

Où faire estimer un jade chinois en Belgique ?

Un antiquaire ou un spécialiste des arts asiatiques peut réaliser un premier examen de l’objet, de son style, de sa période supposée, de son état et de sa provenance. Lorsque l’identification précise de la pierre ou la détection de traitements est déterminante, une analyse gemmologique spécialisée peut compléter cet examen.

Que faire d’un objet en jade hérité ?

Évitez de nettoyer agressivement l’objet ou de retirer son socle et ses anciennes étiquettes. Photographiez-le en lumière naturelle, en rétro-éclairage si possible, ainsi que son dessous, son revers, son socle et ses éventuelles inscriptions. Notez également ses dimensions, son poids et toutes les informations connues sur son histoire familiale et sa provenance.

Jadéite ou néphrite : reconnaître un jade chinois ancien

Vous possédez un jade chinois ancien ?

Baert Antiquités peut constituer un premier point de contact pour l’examen et l’estimation d’un objet asiatique ancien.

L’étude de la matière, de la sculpture, des inscriptions, de l’état de conservation et de la provenance permet d’abord de déterminer ce que l’on a réellement entre les mains.

Lorsque l’identification minéralogique ou l’étude d’éventuels traitements l’exige, une analyse gemmologique spécialisée peut ensuite compléter cet examen.

Avant de parler de valeur, il faut donc distinguer trois questions :

Est-ce réellement du jade ?
L’objet est-il réellement ancien ?
Et que savons-nous de son origine ?