Le XVIIe siècle représente l’âge d’or de la peinture flamande. Dans les ateliers d’Anvers, de Bruges et de Gand, une génération exceptionnelle d’artistes a révolutionné l’art européen. Mais en 2026, près de quatre siècles plus tard, ces œuvres exercent-elles toujours la même fascination sur les collectionneurs ? Le marché de l’art réserve quelques surprises à ceux qui s’y intéressent de près.
Un héritage artistique inestimable
Le siècle d’or flamand débute véritablement après 1585, lorsque les Flandres restent sous domination espagnole tandis que les provinces du Nord accèdent à l’indépendance. Cette séparation politique crée deux écoles artistiques distinctes : l’école flamande catholique au Sud, et l’école hollandaise calviniste au Nord.
Dans les Flandres, l’Église catholique et l’aristocratie commandent massivement des œuvres religieuses et mythologiques. Les peintres flamands adoptent le faste baroque et se font militants de la Contre-Réforme [1]. C’est dans ce contexte que s’épanouit l’art de Pierre Paul Rubens, véritable chef de file de l’école anversoise qui sait allier la tradition flamande à l’influence italienne qu’il découvre lors de son séjour en Italie entre 1600 et 1608 [1].
Les maîtres incontournables
Trois noms dominent cette période faste : Pierre Paul Rubens (1577-1640), Antoine van Dyck (1599-1641) et Jacob Jordaens (1593-1678) [2]. Rubens est renommé pour son style dynamique, riche en couleurs et en mouvement. Ses œuvres monumentales, souvent religieuses ou mythologiques, ont influencé toute l’Europe [3]. Van Dyck, élève de Rubens, s’est imposé par ses portraits élégants et raffinés de l’aristocratie européenne, tandis que Jordaens se distingue par son approche réaliste et populaire des sujets religieux et mythologiques [3].
Mais dans leur sillage, des centaines d’artistes se sont essayés aux huiles sur toile, développant de nombreux thèmes différents. Au XVIIe siècle, les Flamands organisaient un peu partout, y compris en France, des loteries dans lesquelles on pouvait gagner un tableau. Dans le quartier Saint-Germain à Paris était installé un groupe de peintres flamands protestants exemptés de la guilde qui réalisait aussi de très nombreuses œuvres [2]. Cette production se compte probablement en millions de tableaux [2].
Un marché en pleine évolution
L’âge d’or du marché des peintures flamandes et hollandaises se situe entre les années 1980 et 2010 [2]. Pendant cette période faste, les collectionneurs hollandais achetaient tous les tableaux disponibles sur la foire de Maastricht, avec des prix qui augmentaient de 20 à 30% chaque année [2]. Mais cette spirale haussière a fini par se bloquer lorsque les acheteurs se sont lassés des prix devenus excessifs.
Des opportunités pour les collectionneurs avisés
Selon Stéphane Pinta, expert spécialisé dans les écoles du Nord, « ce marché a beaucoup ralenti depuis une dizaine d’années, donc pour ceux qui apprécient ce type de peinture c’est le moment d’acheter ! Des toiles de qualité muséale peuvent être acquises autour de 10 000 euros » [2]. Les prix sont depuis devenus bien plus raisonnables, ce qui permet aux Français comme aux Néerlandais de se faire plaisir. Par exemple, une toile par Dirk Stoop représentant une halte de chasse à la fontaine est estimée 12 000 à 15 000 euros, alors qu’elle aurait sans doute été évaluée à plus de 100 000 euros au plus fort du marché [2].
Cette baisse des prix ne signifie pas pour autant une perte d’intérêt. Au contraire, elle rend accessible à un plus large public des œuvres de grande qualité qui étaient auparavant réservées aux institutions et aux grands collectionneurs.
Une fourchette de prix très large
La peinture flamande du XVIIe siècle reste très prisée par les collectionneurs internationaux. Les œuvres majeures atteignent régulièrement des sommes importantes lors des ventes aux enchères [3]. Les prix peuvent varier de quelques milliers d’euros pour des œuvres anonymes ou de petits maîtres à plusieurs millions pour des tableaux signés Rubens, Van Dyck ou Jordaens [3].
Les records récents
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En juillet 2016, le tableau de Rubens « Lot et ses filles » a été adjugé 44,9 millions de livres sterling chez Christie’s [3]. En décembre 2018, le portrait de Charles Ier par Van Dyck a atteint 5,9 millions de livres sterling chez Sotheby’s [3]. Pour Jordaens, l’œuvre « Saint Martin guérissant l’homme possédé » s’est vendue pour 3,7 millions d’euros chez Sotheby’s en 2016, établissant un record pour l’artiste [4].
En 2022, l’huile sur toile « Le massacre des innocents » peinte par Rubens a été vendue à hauteur de 70 159 500 euros [5], démontrant que le sommet du marché reste extrêmement dynamique pour les œuvres authentifiées de grands maîtres.
Mais les résultats plus modestes peuvent également réserver des surprises. En novembre 2019, une toile du peintre flamand Michael Sweerts (1618-1664), estimée entre 400 000 et 600 000 euros, a été adjugée à 663 520 euros [6]. Une autre peinture de l’école flamande, réalisée vers 1630 par un suiveur d’Anton Van Dyck, a pulvérisé son estimation fixée entre 12 000 et 15 000 euros, trouvant preneur à 70 180 euros [6].
Comprendre les attributions
Beaucoup de toiles de l’époque ne sont pas signées et sont donc proposées aux enchères aujourd’hui avec des mentions telles que « attribué à », « de l’entourage de », « suiveur de » ou « de l’atelier de » [2]. Une distinction importante existe : les peintres hollandais ont davantage signé leurs œuvres, comme une forme de copyright pour ne pas être copiés. Les Flamands travaillaient différemment et dans les ateliers, plusieurs peintres pouvaient faire des tableaux assez proches et non signés [2].
Cette particularité ne doit pas décourager les collectionneurs. Stéphane Pinta confie acheter parfois des œuvres non signées pour leur qualité, sans se soucier de leur auteur [2]. L’œil avisé du collectionneur permet souvent aux enchères de grimper bien au-delà des estimations initiales.
Les thèmes privilégiés
La peinture flamande voit alors triompher les spécialisations. Ses principaux aspects se développent dans les splendeurs de la nature morte, le charme des scènes de genre, l’étrangeté des paysages ou encore la multiplicité des portraits [1]. Mais le grand genre reste la peinture d’histoire avec les tableaux religieux et sujets mythologiques [1].
Contrairement aux Provinces-Unies calvinistes qui interdisent la peinture religieuse dans les lieux de culte [1], les Flandres catholiques encouragent les grandes compositions baroques destinées aux églises et aux institutions religieuses. Cette différence fondamentale explique pourquoi les sujets religieux flamands sont souvent plus monumentaux et théâtraux que leurs équivalents hollandais.
Reconnaître une peinture flamande authentique
Les œuvres flamandes du XVIIe siècle sont connues pour leurs détails minutieux et leur réalisme saisissant [7]. Durant cette période, les tableaux sont réputés pour leur représentation de la nature et de l’illusionnisme, ainsi que pour leur iconographie complexe à travers des scènes présentant des événements religieux ou des portraits [7].
Le support peut être un indice important pour reconnaître une peinture flamande. Les œuvres sont le plus souvent composées avec de la peinture à l’huile, réalisées sur bois, soit sur un panneau unique, soit sur plusieurs panneaux [7]. Les ventes aux enchères chez Millon incluent régulièrement des peintures flamandes, avec des prix d’adjudication courants de quelques dizaines de milliers d’euros [7].
Le rôle crucial de l’expertise
L’histoire récente regorge d’exemples de découvertes extraordinaires. En 2023, une famille française de la région de Toulouse a découvert que derrière « deux portraits, noircis, sans cadre, qui ne payaient pas de mine » se cachaient de rares œuvres du XVIIe siècle du peintre Jacob Jordaens [8]. Les tableaux, apportés à une maison de vente, furent tout d’abord expertisés 2000 et 3000 euros en raison de leur état et du fait que leur auteur était inconnu. C’est après une seconde vérification d’un spécialiste de tableaux anciens chez Christie’s que l’information tombe : ces deux toiles à l’huile représentant vraisemblablement des apôtres sont signées de la main de Jordaens [8].
Cette anecdote illustre parfaitement l’importance de faire appel à un expert en peinture flamande du XVIIe siècle pour garantir une estimation précise et fiable. Un expert spécialisé apportera non seulement une identification correcte de l’artiste ou de l’école, mais aussi une datation précise, une évaluation de l’état de conservation, et des conseils pour une éventuelle restauration ou mise en vente.
Investir dans la peinture flamande en 2026
Pour les collectionneurs belges, français ou internationaux, 2026 représente un moment opportun pour s’intéresser à la peinture flamande du XVIIe siècle. Les prix, après avoir connu une période de surchauffe, se sont stabilisés à des niveaux plus raisonnables tout en restant soutenus pour les œuvres de qualité.
Les critères d’un bon investissement
Plusieurs éléments déterminent la valeur d’une peinture flamande :
- L’attribution : Une œuvre signée d’un grand maître vaudra évidemment beaucoup plus qu’une toile « attribuée à » ou « de l’entourage de ». Cependant, même les œuvres non attribuées peuvent avoir une valeur importante si leur qualité artistique est reconnue.
- La provenance : Un historique détaillé et documenté est un atout majeur pour une estimation élevée [4]. Une œuvre ayant appartenu à une collection renommée ou ayant figuré dans des expositions importantes voit sa valeur augmenter significativement [4].
- L’état de conservation : C’est un critère déterminant pour estimer la valeur d’une œuvre [4]. Un tableau en excellent état, sans restaurations maladroites, sera toujours plus prisé qu’une toile abîmée.
- Le sujet : Les grands formats représentant des scènes religieuses ou mythologiques, commandés par l’Église ou la royauté, atteignent souvent des enchères élevées [4]. Les portraits aristocratiques et les scènes de genre sont également très recherchés.
- La taille : Les œuvres monumentales conçues pour orner des églises ou des palais atteignent généralement des prix plus élevés que les petits formats, bien que certaines œuvres de cabinet soient également très prisées des collectionneurs.
Où trouver des peintures flamandes ?
Les peintures flamandes du XVIIe siècle apparaissent régulièrement dans les ventes aux enchères spécialisées. Les maisons comme Millon, Christie’s, Sotheby’s, Artcurial en France, ou les maisons de ventes belges proposent régulièrement des tableaux anciens lors de leurs ventes « Maîtres Anciens » ou « Collections et Successions » [9].
Les collectionneurs peuvent également trouver des œuvres chez les antiquaires spécialisés en tableaux anciens, dans les foires d’art comme la TEFAF de Maastricht, ou encore dans les galeries spécialisées. Il est cependant essentiel de s’adresser à des professionnels reconnus pour éviter les mauvaises surprises.
Conclusion : un marché à double visage
La peinture flamande du XVIIe siècle présente aujourd’hui un marché à double visage. D’un côté, les œuvres authentifiées de grands maîtres comme Rubens, Van Dyck ou Jordaens continuent de pulvériser les records et d’attirer les grands collectionneurs internationaux et les institutions muséales. De l’autre, le marché intermédiaire des œuvres d’atelier, des suiveurs et des petits maîtres est devenu beaucoup plus accessible, offrant aux amateurs éclairés des opportunités d’acquisition remarquables.
Pour les collectionneurs belges, cette période est particulièrement propice. La richesse du patrimoine flamand, la proximité géographique des grands centres artistiques du XVIIe siècle (Anvers, Bruges, Gand), et l’expertise locale constituent des atouts majeurs. Que l’on recherche un investissement patrimonial ou simplement le plaisir de posséder un témoignage de cette période faste de l’histoire de l’art, les peintures flamandes du XVIIe siècle méritent assurément l’attention des collectionneurs avertis en 2026.
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Sources
[1] Musée de Grenoble – « Flandres et Hollande – XVIIe » https://www.museedegrenoble.fr/2049-flandres-et-hollande-xviie.htm
[2] Le magazine des enchères – « Les tableaux de l’âge d’or flamand et hollandais : pourquoi est-ce le moment d’acheter ? », 28 mars 2025 https://magazine.interencheres.com/art-mobilier/les-tableaux-de-lage-dor-flamand-et-hollandais-pourquoi-est-ce-le-moment-dacheter/
[3] Fabien Robaldo, Cabinet d’expertise – « La peinture flamande du XVIIe siècle », 9 juin 2025 https://fabienrobaldo.fr/nos-domaines-expertises/estimations-tableaux/peinture-flamande-du-xviie-siecle/
[4] France Estimations – « Estimation Jacob Jordaens gratuite – Expertise, prix et cote », 14 octobre 2024 https://france-estimations.fr/cote/prix-valeur-encheres/artiste/jacob-jordaens/
[5] Auctie’s – « École d’Anvers – Cote, valeur, analyse » https://www.aucties.com/guide-encheres/les-types-dobjets-a-faire-estimer/cote-et-valeur-des-tableaux-anciens-dessins-gravures-belges-de-lecole-danvers
[6] Le magazine des enchères – « Des peintures flamandes du XVIIe siècle pulvérisent leurs estimations », 20 novembre 2019 https://magazine.interencheres.com/art-mobilier/des-peintures-flamandes-du-xviie-siecle-pulverisent-leurs-estimations/
[7] Millon Belgique – « Estimation gratuite d’une peinture flamande » https://www.millon.be/actualites/estimation-gratuite-dune-peinture-flamande
[8] French Morning US – « Deux tableaux du XVIIe découverts à Toulouse aux enchères chez Christie’s », 25 avril 2023 https://frenchmorning.com/deux-tableaux-du-xviie-decouverts-a-toulouse-aux-encheres-chez-christies/
[9] Millon – « Enchères TABLEAUX ANCIENS » https://www.millon.com/nos-specialites/tableaux-anciens



