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Arts de l’Islam : 7 types d’objets anciens à identifier

Un plat bleu et blanc présenté comme « persan », un poignard rapporté d’Orient, une miniature conservée depuis plusieurs générations, un plateau en laiton incrusté d’argent…

Dans les successions et collections familiales, les objets associés aux arts de l’Islam sont souvent accompagnés d’une attribution transmise oralement : « ottoman », « persan », « arabe », « moghol » ou simplement « oriental ».

Ces indications constituent parfois une piste. Mais elles ne suffisent pas pour identifier un objet.

Les arts de l’Islam couvrent en effet un territoire immense et plus de treize siècles de création : Espagne, Afrique du Nord, Égypte, Syrie, Empire ottoman, Iran, Asie centrale ou encore sous-continent indien.

À ces productions historiques s’ajoutent les créations européennes inspirées des arts islamiques ainsi que les nombreux objets fabriqués aux XIXe et XXe siècles pour les collectionneurs et voyageurs occidentaux.

En Belgique, cette diversité est notamment représentée dans les collections du Musée Art & Histoire de Bruxelles, au Cinquantenaire, qui conserve des œuvres provenant de différentes régions du monde islamique.

Une inscription arabe, un décor persanisant ou une apparence ancienne ne suffisent jamais, à eux seuls, à déterminer l’origine et l’époque d’un objet.

Alors, comment commencer à identifier ce que l’on possède réellement ?

1. Céramiques : persanes, ottomanes… ou européennes ?

Les céramiques constituent probablement l’une des meilleures illustrations des difficultés d’attribution dans les arts de l’Islam.

Un plat décoré de fleurs bleues, rouges et vertes peut immédiatement évoquer les célèbres productions ottomanes d’Iznik. Pourtant, son apparence seule ne permet pas de conclure qu’il s’agit d’une pièce ottomane du XVIe siècle.

Le cas des céramiques d’Iznik

Les productions historiques d’Iznik présentent des caractéristiques techniques et stylistiques particulières.

Parmi les indices les plus reconnaissables figure notamment, sur certaines productions du XVIe siècle, un rouge épais légèrement en relief, souvent appelé rouge de bole.

Il faut cependant croiser cet indice avec la pâte, la glaçure, les autres couleurs, le dessin, la forme de l’objet et sa fabrication.

Un décor ressemblant à celui d’Iznik ne signifie donc pas automatiquement que l’objet vient d’Iznik.

Les imitations européennes du XIXe siècle

La difficulté vient notamment du succès considérable rencontré par les arts islamiques auprès des collectionneurs européens au XIXe siècle.

Des céramistes et manufactures européens ont produit des objets inspirés de modèles persans ou ottomans.

En France, Théodore Deck s’est notamment intéressé aux céramiques islamiques et a développé des créations directement inspirées de ces traditions.

D’autres ateliers européens, comme Samson à Paris ou Cantagalli à Florence, ont également participé à cet engouement historiciste.

Certaines de ces pièces ont aujourd’hui plus d’un siècle. Elles peuvent donc sembler anciennes tout en étant très différentes, historiquement et commercialement, des modèles dont elles s’inspirent.

Et les céramiques persanes ?

Il faut également éviter le raisonnement inverse : une céramique réellement iranienne n’est pas nécessairement safavide ou médiévale.

Les productions qadjares du XIXe siècle occupent elles aussi une place importante. Elles peuvent présenter des décors figuratifs, des scènes de cour, des motifs floraux ou des références à des périodes plus anciennes de l’histoire iranienne.

Pour commencer à identifier une céramique, plusieurs éléments méritent donc une attention particulière :

  • la pâte ;
  • la glaçure ;
  • les couleurs ;
  • la technique de décoration ;
  • la forme ;
  • le pied et le revers ;
  • les marques éventuelles ;
  • l’usure ;
  • les restaurations.

Le dessous d’un plat peut parfois être aussi instructif que son décor.

2. Calligraphies, manuscrits et pages enluminées

Une inscription en caractères arabes ne signifie pas automatiquement qu’un objet est « arabe ».

L’écriture arabe a été utilisée dans des contextes géographiques et linguistiques très différents. On la rencontre naturellement dans des œuvres arabes, mais également persanes, ottomanes ou indo-musulmanes.

Une page isolée peut raconter beaucoup de choses

Face à un manuscrit ou à une feuille ancienne, l’écriture n’est donc qu’un premier élément.

Il faut également regarder :

  • la langue ;
  • le type de papier ;
  • l’encre et les pigments ;
  • l’organisation du texte ;
  • les marges ;
  • l’enluminure ;
  • les annotations ;
  • la reliure éventuelle.

Une page isolée peut provenir d’un texte religieux, mais également d’un recueil poétique, d’un ouvrage littéraire, historique ou scientifique.

De même, une miniature accompagnée de texte peut avoir appartenu à un manuscrit aujourd’hui dispersé.

Attention aux œuvres plus récentes

Toutes les calligraphies ou miniatures d’apparence persane rencontrées aujourd’hui ne sont pas nécessairement anciennes.

Des œuvres inspirées des traditions persanes et mogholes ont continué à être produites aux XIXe et XXe siècles, notamment pour les collectionneurs, les voyageurs et le marché décoratif.

Le style représenté par une œuvre et la date réelle de sa fabrication sont deux informations différentes.

Le papier, les pigments, le montage et le revers deviennent alors particulièrement importants pour son identification.

3. Bronzes, cuivres et laitons incrustés

Plateaux, aiguières, bassins, boîtes, chandeliers et vases métalliques sont fréquemment associés au Moyen-Orient et aux arts de l’Islam.

C’est aussi l’un des domaines dans lesquels la différence entre objet historique et production historiciste est essentielle.

Le piège du style mamelouk

Les objets métalliques de la période mamelouke ont développé des décors gravés et incrustés particulièrement sophistiqués.

Leur succès auprès des collectionneurs occidentaux a cependant favorisé, plusieurs siècles plus tard, un véritable renouveau de ce style.

À la fin du XIXe et au début du XXe siècle, des ateliers du Caire et de Damas produisent ainsi de nombreux objets en laiton gravé et incrusté dans un goût néo-mamelouk.

Ces pièces pouvaient notamment être destinées aux voyageurs et collectionneurs européens.

Aujourd’hui, elles peuvent facilement paraître beaucoup plus anciennes qu’elles ne le sont réellement.

Que regarder ?

Un grand plateau couvert d’arabesques, d’inscriptions et d’incrustations métalliques n’est donc pas nécessairement un objet mamelouk vieux de plusieurs siècles.

Il faut notamment examiner :

le métal utilisé, la technique d’incrustation, la profondeur de la gravure, la fabrication, les inscriptions, les assemblages et l’usure réelle de l’objet.

Une belle pièce du Caire ou de Damas réalisée vers 1900 peut d’ailleurs présenter un véritable intérêt.

L’enjeu consiste simplement à l’identifier pour ce qu’elle est.

4. Miniatures persanes et indo-persanes

La « miniature persane » est une autre appellation souvent employée de manière très large.

Les traditions persanes puis mogholes ont produit des peintures de manuscrits remarquables : scènes de cour, portraits, batailles, épisodes littéraires, animaux, jardins ou scènes de chasse.

Mais le succès de cette esthétique a également entraîné de nombreuses productions postérieures.

Ancienne page de manuscrit ou peinture décorative ?

Une miniature rencontrée aujourd’hui peut être :

  • une page ancienne provenant d’un manuscrit ;
  • une œuvre plus tardive inspirée d’un modèle ancien ;
  • une peinture indépendante ;
  • une copie ;
  • une production du XXe siècle destinée au marché décoratif ou touristique.

La simple qualité apparente du dessin ne suffit donc pas.

Le papier, les pigments, la préparation de la surface, les marges, l’écriture éventuelle et les traces d’un ancien montage peuvent fournir des informations importantes.

Regardez également le verso

C’est un réflexe particulièrement utile.

Le revers d’une miniature peut révéler du texte, une ancienne numérotation, une inscription, des traces de reliure ou de montage.

Il est donc préférable de ne pas découper, nettoyer ou recoller une miniature avant de l’avoir fait examiner.

5. Bijoux orientaux : au-delà de la valeur du métal

Les appellations « bijou oriental », « bijou persan » ou « bijou ottoman » recouvrent des réalités extrêmement différentes.

Un bijou doit être considéré dans son ensemble.

Les éléments qui peuvent orienter l’identification

Il faut notamment observer :

  • la nature du métal ;
  • les techniques de fabrication ;
  • les pierres ;
  • les émaux ;
  • le sertissage ;
  • les poinçons ;
  • les inscriptions ;
  • les réparations ;
  • les transformations éventuelles.

Un bijou peut également avoir été remonté au cours de son histoire.

Une pierre ancienne peut se trouver dans une monture plus récente. À l’inverse, différents éléments anciens peuvent avoir été assemblés ultérieurement pour former un nouveau bijou.

L’âge d’un élément ne permet donc pas automatiquement de dater l’ensemble de la pièce.

Et lorsqu’un bijou est en or ou en argent, sa valeur ne se limite pas nécessairement à son poids en métal précieux. Son ancienneté, sa fabrication, ses pierres, son origine ou sa rareté peuvent également entrer en considération.

6. Armes et poignards : khanjars, jambiyas et armes de prestige

Les armes anciennes sont régulièrement présentes dans les collections familiales et les successions.

Poignards courbes, khanjars, jambiyas, sabres ou armes attribuées aux mondes ottoman, persan ou indo-persan ont parfois été rapportés d’un voyage ou acquis par un collectionneur avant d’être transmis pendant plusieurs générations.

Une arme peut être composée de plusieurs époques

Une poignée en métal doré, un fourreau richement décoré ou une inscription ne signifient pas nécessairement que l’on se trouve face à une arme de cour ancienne.

Il faut examiner séparément :

la lame, la poignée, le fourreau, les matériaux, les inscriptions et les techniques décoratives.

Il faut surtout vérifier leur cohérence.

Certaines armes ont été réparées ou remontées à partir d’éléments provenant de différentes époques. D’autres ont été fabriquées comme objets décoratifs ou souvenirs.

Même une date inscrite sur une lame doit être interprétée avec prudence.

Une date portée par un objet constitue un indice. Elle ne constitue pas, à elle seule, une preuve de sa date de fabrication.

7. Objets du quotidien, objets de cour et souvenirs de voyage

Une dernière catégorie rassemble quantité d’objets difficiles à identifier au premier regard : coffrets, brûle-parfums, encriers, aiguières, coupes, objets en bois incrusté, petits objets métalliques ou accessoires décoratifs.

C’est souvent ici que l’histoire familiale devient déterminante :

« Mon grand-père l’a rapporté d’Égypte. »
« On m’a toujours dit que c’était persan. »
« Il viendrait de Turquie. »

Ces informations ne doivent pas être rejetées. Mais elles ne constituent pas une attribution.

Le tournant de 1900 est particulièrement important

Le développement des voyages en Égypte, au Levant et dans l’Empire ottoman aux XIXe et début du XXe siècles s’est accompagné d’une importante production destinée aux visiteurs étrangers.

Le renouveau néo-mamelouk en constitue un excellent exemple.

Certains objets de cette époque sont aujourd’hui eux-mêmes anciens et peuvent présenter une belle qualité de fabrication.

XIXe siècle ne signifie donc pas « faux ».

La bonne question consiste plutôt à déterminer si l’objet est une production historique de la période à laquelle son style fait référence, une création historiciste européenne ou moyen-orientale, ou une production plus récente.

Ancien ne signifie pas forcément médiéval

C’est probablement l’un des réflexes les plus importants à adopter face à ce type d’objet.

Une pièce peut être authentiquement ancienne sans être aussi ancienne que son apparence le suggère.

Une céramique iranienne peut être qadjare et dater du XIXe siècle plutôt que de l’époque safavide.

Un plat aux motifs ottomans peut être une création européenne du XIXe siècle inspirée d’Iznik.

Un bassin ou un plateau « mamelouk » peut appartenir au renouveau néo-mamelouk de la fin du XIXe ou du début du XXe siècle.

Une miniature « persane » ou « moghole » peut quant à elle être beaucoup plus récente que le modèle stylistique qu’elle reproduit.

L’objectif d’une expertise n’est pas seulement de déterminer si un objet est ancien ou récent. Il s’agit de comprendre ce qu’il est réellement.

Cette distinction est essentielle avant toute estimation.

Provenance : pourquoi les documents peuvent être aussi importants que l’objet

Dans le domaine des arts de l’Islam, la provenance joue un double rôle.

Elle peut aider à comprendre l’origine, la datation et l’histoire de l’objet, mais également contribuer à documenter son historique de propriété et la licéité de sa circulation.

Une question particulièrement sensible pour certains biens culturels

Les conflits et pillages archéologiques survenus notamment en Irak et en Syrie ont renforcé l’importance de la traçabilité de certains biens culturels.

L’Union européenne encadre la circulation et l’importation de biens culturels et prévoit également des restrictions spécifiques concernant certaines catégories de biens provenant notamment d’Irak et de Syrie.

Depuis 2025, le cadre européen relatif à l’importation de certaines catégories de biens culturels provenant de pays tiers comprend également, selon la nature et l’ancienneté des objets concernés, des mécanismes d’autorisation ou de déclaration.

Les règles applicables dépendent cependant de la nature de l’objet, de son ancienneté, de son origine et des circonstances de son importation.

Que faut-il conserver ?

Si vous possédez un objet ancien, conservez autant que possible :

  • les factures ;
  • les certificats ;
  • les catalogues de vente ;
  • les documents douaniers ;
  • les inventaires de succession ;
  • les anciennes photographies ;
  • les correspondances ;
  • les étiquettes de collection ;
  • les informations documentées concernant son acquisition.

Une tradition familiale comme « rapporté de Syrie dans les années 1930 » peut constituer une piste intéressante.

Elle ne remplace cependant pas une provenance documentée.

Ne retirez jamais une ancienne étiquette ou inscription sous prétexte qu’elle paraît sans importance : elle peut parfois constituer l’un des meilleurs indices sur l’histoire de l’objet.

Que faire avant de faire examiner un objet ?

Le premier réflexe devrait être de ne pas chercher à restaurer ou embellir l’objet soi-même.

Un nettoyage trop énergique peut faire disparaître une patine, une dorure, des traces d’usage ou certains indices utiles à l’identification.

Évitez notamment de :

  • polir agressivement un objet métallique ;
  • nettoyer une céramique avec des produits abrasifs ;
  • retirer une ancienne étiquette ;
  • décoller une miniature de son support ;
  • démonter inutilement un encadrement ;
  • réparer ou recoller une pièce avant son examen.

Photographier les détails utiles

Si vous souhaitez demander un premier avis, ne photographiez pas uniquement la face la plus esthétique de l’objet.

Pour une céramique, photographiez également le dessous et le pied.

Pour une miniature, le recto et le verso peuvent être importants.

Pour un bijou, ajoutez des gros plans des poinçons, inscriptions et fermoirs.

Pour une arme, photographiez séparément la lame, la poignée, le fourreau et les inscriptions éventuelles.

Pour un objet métallique, ajoutez le dessous, les assemblages et les détails des incrustations.

Ces photographies ne remplacent pas nécessairement l’examen physique, mais elles permettent déjà de mieux comprendre la nature de la pièce.

Questions fréquentes sur les objets anciens des arts de l’Islam

Comment savoir si un objet d’art islamique est ancien ?

L’apparence ancienne ne suffit pas. Les matériaux, la technique de fabrication, le décor, les inscriptions, l’usure, les restaurations et la provenance doivent être examinés ensemble pour tenter de déterminer l’époque et l’origine d’un objet.

Comment reconnaître une ancienne céramique d’Iznik ?

Certaines céramiques d’Iznik du XVIe siècle présentent notamment des décors caractéristiques et un rouge épais légèrement en relief. Mais ces productions ont été largement imitées. La pâte, la glaçure, le pied, le revers et la technique de décoration doivent également être examinés avant toute attribution.

Un objet persan ou ottoman ancien peut-il avoir de la valeur ?

Oui, mais la valeur dépend notamment de l’époque, de l’origine, de la qualité d’exécution, de la rareté, de l’état de conservation et de la provenance. Une identification aussi précise que possible doit donc précéder l’estimation.

Pourquoi la provenance est-elle importante pour un objet d’art islamique ?

La provenance peut aider à établir l’histoire, l’origine et la datation d’un objet. Pour certaines catégories de biens culturels, elle contribue également à documenter l’historique de propriété et les conditions dans lesquelles l’objet a circulé ou a été importé.

Que faut-il photographier pour faire examiner un objet ancien ?

Photographiez l’objet dans son ensemble puis ses détails : dessous et pied d’une céramique, recto et verso d’une miniature, poinçons d’un bijou, inscriptions, signatures, anciennes étiquettes ou détails de fabrication. Conservez également les documents et photographies anciennes liés à l’objet.

Vous possédez un objet relevant des arts de l’Islam ?

Céramique dite persane ou ottomane, miniature, manuscrit, objet métallique incrusté, bijou, poignard ou objet rapporté d’un voyage : une attribution transmise dans une famille ne suffit pas toujours à déterminer précisément l’origine et l’époque d’une pièce.

Baert Antiquités peut constituer un premier point de contact pour l’examen et l’estimation de vos objets anciens.

L’étude de la matière, de la technique, du décor, des inscriptions, de l’état de conservation et de la provenance permet d’identifier les pistes qui méritent d’être approfondies et, lorsque la spécialisation de l’objet l’exige, d’orienter son étude de manière appropriée.

Avant de parler de valeur, la première question reste donc la plus importante :

Qu’avez-vous réellement entre les mains ?